Dashboard Home Assistant Local pour Monitoring Énergétique Avancé
Construire un tableau de bord Home Assistant entièrement local pour surveiller sa consommation énergétique, c’est garder la main sur ses données tout en obtenant une vision précise, pièce par pièce, de ce que consomme vraiment la maison. Pas de service tiers, pas de boîte noire : juste votre réseau, vos capteurs, et vos chiffres. Voici la méthode complète, du matériel à la configuration du dashboard.
Pourquoi privilégier une solution 100% locale ?
Les solutions cloud (certains compteurs connectés propriétaires, par exemple) envoient vos données de consommation vers des serveurs externes. Et ça pose plusieurs problèmes concrets :
- Confidentialité : vos habitudes de consommation en disent long sur votre quotidien (présence à la maison, horaires de réveil, appareils allumés le soir).
- Dépendance réseau : coupez internet et le service devient inutilisable, même pour consulter un historique vieux de trois mois.
- Latence : les données font l’aller-retour par des serveurs distants avant de s’afficher sur votre écran.
- Pérennité : le jour où le fournisseur met la clé sous la porte, tout votre historique s’évapore avec lui.
Avec Home Assistant installé en local (sur un Raspberry Pi, un NUC ou un vieux PC recyclé en serveur), toutes les données restent chez vous, sans jamais transiter par internet.
Le matériel nécessaire
Pour un monitoring énergétique vraiment précis, quelques composants essentiels suffisent.
1. Un hub Home Assistant local
Un Raspberry Pi 4 ou 5 avec Home Assistant OS fait largement le travail. Une machine type Intel NUC passe sans effort des dizaines de capteurs, même avec plusieurs années d’historique accumulé.
2. Des capteurs de consommation
Plusieurs options selon le budget et le niveau de précision recherché :
- Shelly EM / Shelly 3EM : mesure au niveau du tableau électrique, en Wi-Fi local, sans obligation de passer par le cloud du fabricant.
- Prises connectées avec mesure de puissance (Zigbee ou Z-Wave), idéales pour isoler la consommation d’un appareil précis, un frigo, une box internet, un radiateur d’appoint.
- Pince ampèremétrique DIY couplée à un ESP32 via ESPHome : solution économique (une trentaine d’euros de matériel) et entièrement personnalisable.
3. Une passerelle Zigbee/Z-Wave
Un dongle comme le SkyConnect ou un ConBee II relie les capteurs sans fil directement à Home Assistant, toujours en local.
Configuration pas à pas
Étape 1 : Installer l’intégration Energy
Home Assistant propose un tableau de bord “Énergie” natif. Depuis Paramètres > Tableaux de bord > Énergie, on configure trois choses :
- La source de consommation réseau (le compteur principal)
- Les sources de production (panneaux solaires, si vous en avez)
- Les appareils individuels que vous voulez suivre
Étape 2 : Ajouter les capteurs via ESPHome ou intégrations natives
Pour les Shelly, l’intégration native de Home Assistant repère automatiquement l’appareil sur le réseau via mDNS, rien à configurer manuellement. Pour les montages DIY avec ESP32, ESPHome permet de flasher un firmware local qui parle directement en API native, sans passer ni par le cloud Shelly ni par celui de Tuya.
Étape 3 : Créer des cartes personnalisées
Le dashboard Energy par défaut est bien, mais limité. Quelques cartes Lovelace avancées changent la donne :
- Mini Graph Card : pour suivre l’évolution de la consommation en temps réel, minute par minute.
- ApexCharts Card : pour comparer jour/semaine/mois d’un coup d’œil.
- Power Flow Card : pour visualiser les flux entre production solaire, batterie et consommation, un peu comme un schéma animé.
Étape 4 : Historique local avec la base de données
Par défaut, Home Assistant ne garde que 10 jours d’historique, ce qui devient vite frustrant pour comparer une facture d’hiver à une facture d’été. Pour un suivi sur le long terme, on installe une base InfluxDB locale couplée à Grafana, toujours sans sortir du réseau domestique.
Automatisations utiles
Une fois les données collectées, autant les faire travailler pour vous :
- Notification si un appareil dépasse un seuil de consommation anormal (souvent le signe d’un dysfonctionnement naissant, un compresseur de frigo fatigué par exemple).
- Alerte en cas de pic global dépassant la puissance souscrite, avant que le disjoncteur ne saute.
- Scénario automatique qui coupe les appareils en veille la nuit, histoire de grappiller quelques euros par mois sans y penser.
Points d’attention
- Vérifiez que chaque capteur dispose bien d’un firmware “local API” : certains Shelly nécessitent une mise à jour pour désactiver le cloud par défaut.
- Isolez vos appareils IoT sur un VLAN dédié. Ce n’est pas du zèle, c’est une bonne pratique réseau basique.
- Sauvegardez régulièrement votre configuration Home Assistant (le fichier
configuration.yamlet la base de données) sur un support local ou un NAS. Un historique de deux ans perdu suite à une carte SD morte, ça fait mal.
Conclusion
Un dashboard Home Assistant local pour le monitoring énergétique, c’est précision, confidentialité et indépendance vis-à-vis du cloud, réunies dans un seul projet accessible à qui veut bien s’y pencher un week-end. Avec quelques capteurs Shelly ou ESPHome, une passerelle Zigbee et le tableau de bord Energy natif, on obtient une vision complète et évolutive de sa consommation électrique, sans jamais céder la maîtrise de ses propres données.